V. donne ce soir son plus important concert de piano jazz à date. Pour un petit bonhomme de 9 ans, il tolère assez bien le stress, mais il est quand même rongé par l’inquiétude. Avant d’entrer en scène, il passera ainsi plusieurs minutes devant la fenêtre, immobile, à jouer ses pièces une dernière fois dans sa tête.
Dans la voiture après le concert (qui fut un franc succès), il me demande: “Papa, est-ce qu’on peut bien jouer même si on n’a pas le trac?”. Je lui rappelle ce qu’Oscar Peterson, une de ses idoles, avait dit un jour: “The day I’ll stop getting stage fright is the day I’ll stop playing, ’cause that’ll mean I’m dead”. (“Le jour où je n’aurai plus le trac sera le jour où j’arrêterai de jouer, car ça voudra dire que je serai mort.”).
V. n’a rien dit. Il a simplement hoché la tête en regardant au loin, l’ébauche d’un sourire au coin des lèvres.
